Il existe des machines pour récolter le ravintsara. Des barres coupeuses, des taille-haies montés sur perche, des systèmes qui rasent la branche et récupèrent tout dans une bâche. C’est rapide, c’est efficace, et ça coûte beaucoup moins cher.
Nous n’en utilisons aucune. Toute notre récolte se fait à la main, feuille par feuille, poignée par poignée. Ce n’est pas du folklore pour argumentaire marketing. C’est le poste où se joue une grande partie de la qualité finale.
Une machine ne trie pas
Le problème central de la mécanisation tient en une phrase : une lame prend tout ce qui passe.
Ce qui passe, sur un ravintsara, ce n’est pas seulement de la belle feuille mûre. C’est aussi :
- Des jeunes pousses, rougeâtres ou brunes, dont la composition n’est pas encore établie.
- Des feuilles abîmées, jaunies, mangées, tachées.
- Du bois : fragments de tiges et de petites branches.
- Des débris divers ramassés au passage.
Tout ça finit dans l’alambic et se retrouve dans le distillat. Le bois en particulier apporte des composés qui n’ont rien à faire dans un ravintsara et tire le profil aromatique vers le bas. Une huile issue d’une récolte mécanisée est une moyenne : la moyenne de ce que la lame a attrapé.
La main, elle, choisit. Un récolteur expérimenté sait, à l’œil et au toucher, quelle feuille est bonne. Il laisse la jeune pousse, écarte la feuille malade, ne prend pas de tige. Il fait un tri que personne ne refera ensuite.
Une journée de récolte à Sahambavy
On part tôt. Les feuilles sont encore fraîches, la chaleur n’est pas montée, et la fraîcheur du matin sur les Hauts Plateaux limite l’évaporation des composés volatils.
La cueillette se fait par poignées, à hauteur d’homme. Nos arbres sont taillés entre 2 et 4 mètres précisément pour ça : un arbre laissé libre monterait trop haut et rendrait la récolte manuelle impossible. La taille n’est pas décorative, elle est la condition du geste.
Les feuilles vont dans des paniers tressés, jamais dans des sacs fermés : elles doivent respirer. Une feuille tassée dans du plastique chauffe et commence à fermenter en quelques heures.
Comptez 300 à 500 kilos de feuilles par personne et par jour. Puis direction l’alambic, situé à proximité immédiate de la plantation. Entre l’arbre et la cuve, il s’écoule le plus souvent moins d’une journée. Au-delà de 48 heures, la feuille fermente et sa composition se dégrade — c’est l’un des points faibles des filières où les feuilles voyagent avant d’être distillées.
Ce que la main protège, à part la qualité
L’arbre. Une coupe mécanique brutale déchire la branche, ouvre des plaies mal cicatrisées, expose au dessèchement et aux champignons. La cueillette manuelle prélève la feuille sans blesser le bois. L’arbre repart plus vite et vit plus longtemps.
Les gens. Une plantation mécanisée emploie deux personnes. La nôtre fait vivre des familles malgaches des Hauts Plateaux, sur un travail qualifié, saisonnier et rémunéré directement, sans intermédiaire. C’est le second sens de « travail à la main » : derrière chaque flacon, il y a des heures de travail humain, pas un amortissement de matériel.
Ce que ça coûte, et pourquoi nous le payons
Autant l’admettre : la récolte manuelle est le poste le plus lourd de notre production. Une machine ferait le travail de plusieurs personnes en une fraction du temps.
Nous le payons parce que c’est là que la différence se fait. On peut rattraper beaucoup de choses en aval — filtrer, décanter, contrôler. On ne rattrape jamais une matière première mal triée. Ce qui entre dans l’alambic détermine ce qui en sort.
Nos trois distinctions Meilleur Produit Bio, en 2019, 2022 et 2023, ne récompensent pas un procédé industriel. Elles récompensent, entre autres, ce tri-là.
Foire aux questions
Pour aller plus loin : l’itinéraire complet de la feuille au flacon, ce que signifie être producteur direct, ou la gamme BETSARA.
Tristan & Tahina, BETSARA — producteur direct de ravintsara bio, Sahambavy, Madagascar.